Histoire de la protection de la nature et de l’environnement
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LE DUC Jean-Patrick (1950-2023)

Né en Bretagne, il découvre la nature en observant les oiseaux sur les plages de Lorient. Installé ensuite à Provins avec ses parents, il fréquente le lycée où il fonde une section « Jeunesse et Nature » sous l’impulsion de Jacques Penot, figure de la Société nationale de protection de la nature, qui forme alors de jeunes ornithologues amateurs lors de sorties au Bois de Boulogne. Comme beaucoup de naturalistes de sa génération, il est marqué par la marée noire du Torrey Canyon en 1967, événement qui cristallise chez lui une conscience aiguë de la fragilité des milieux marins et côtiers. Ses lectures de Jean Dorst, notamment Avant que nature meure (1965), et de Michel Hervé Julien, L’Homme et la nature (1965), jouent un rôle décisif : elles articulent science, éthique et responsabilité humaine, et nourrissent une conviction qui restera au cœur de son engagement, l’idée que la nature ne sera sauvée que si l’homme lui manifeste un peu d’amour.

Sur le plan scolaire, il suit une trajectoire éclectique mais cohérente avec ses centres d’intérêt. Après une classe préparatoire au lycée Saint Louis (1969 1970), il s’oriente vers l’Institut pédagogique de l’enseignement secondaire (1971), obtient le Brevet d’aptitude à l’animation socio-éducative (1972), puis un certificat d’études supérieures de chimie et de physique générale (1973). Plus tard, alors qu’il est déjà engagé dans la vie professionnelle, il complète sa formation scientifique par des unités de valeur de zoologie générale, de zoologie des invertébrés, de botanique et d’écologie aux universités Paris VI et Paris VII (1983 1985). Cette formation progressive, mêlant sciences naturelles, pédagogie et animation, constitue un socle solide pour ses engagements futurs.

Lancement du mouvement « Jeunes et Nature »

En 1968, il participe à la création du mouvement Jeunes & Nature, reconnu par la Ligue pour la protection des oiseaux et soutenu par le Fonds Français pour la Nature et l’Environnement, sous le haut patronage de Théodore Monod. En février 1969, Jeunes & Nature devient une commission de la Fédération française des sociétés de protection de la nature (FFSPN). Le mouvement se développe rapidement : des clubs se créent dans de nombreuses villes, de Calais à Lons le Saunier, d’Auxerre à d’autres territoires ruraux et urbains. .Jean-Patrick Le Duc en assure l’animation nationale, coordonne les initiatives locales, et entretient des liens étroits avec Pierre Déom, futur créateur de la revue La Hulotte et animateur des Clubs de protection de la nature. Il organise des stages d’animation, comme celui du lac de Chalain en 1972, où il rencontre Chantal Clemmer, qu’il épousera en 1975. Le couple aura trois enfants.

Dès cette période, il associe étroitement action et pédagogie. Il produit des fiches techniques sur la protection des rapaces, sur les métiers de la nature, sur l’enrésinement, sur les mammifères et oiseaux menacés d’Europe de l’Ouest, ainsi que des bibliographies destinées aux animateurs de clubs. Il conçoit des diapositives, des transparents, des supports visuels qu’il fabrique lui-même au fil de ses tournées et de ses enquêtes. Il dirige la Gazette de Jeunes & Nature et participe à la rédaction de brochures de la FFSPN sur les espèces protégées et les plantes menacées, ainsi qu’à des documents sur le trafic animalier. Cette production pédagogique, abondante et variée, contribue à diffuser une culture naturaliste auprès de plusieurs générations de jeunes.

Le mouvement s’inscrit aussi dans une dynamique internationale. Dès la fin des années 1960, Jean-Patrick Le Duc s’implique dans l’International Youth Federation for Environmental Study and Conservation (IYF), dont il devient responsable régional pour l’Europe de l’Ouest. Il organise en 1973 l’assemblée générale de l’IYF à Brasparts, en Bretagne, réunissant des jeunes venus de nombreux pays pour débattre d’enjeux environnementaux locaux et globaux. Ces rencontres, souvent festives, mêlent débats, observations naturalistes et échanges interculturels. Elles contribuent à forger chez lui une vision internationale de la protection de la nature, qui jouera un rôle déterminant dans la suite de sa carrière.

Au Muséum avec les premières études d’impact

En 1973, il rejoint le Service de Conservation de la Nature du Muséum national d’Histoire naturelle, créé en 1960 par Roger Heim. Il y est recruté comme enquêteur contractuel et participe aux premières études d’impact environnemental en France. Il travaille sur les effets du développement d’infrastructures touristiques au Pays basque, sur les conditions de maintien des bocages en Calvados, en Creuse, en Mayenne ou dans le Pas de Calais, sur l’aménagement de villes nouvelles et de bases de plein air. Dans la Creuse, notamment à Grand Bourg et La Chapelle Taillefert, il pilote un chantier d’études sur les haies menacées par le remembrement. Avec une petite équipe, il met en place des relevés de faune et de flore, des comptages d’oiseaux et de vers de terre, des analyses de la composition et du rôle des haies dans le paysage, le long des reliefs et des cours d’eau. Ces travaux, menés en lien avec les services de l’État et les associations locales, contribuent à définir une méthode d’établissement de l’état initial de l’environnement naturel conforme à la loi de 1976 sur la protection de la nature. Ils nourrissent sa thèse et servent de base à des formations d’ingénieurs, comme celle de Thierry Hubert, qui travaillera ensuite au ministère de l’Environnement.

Parallèlement, Jeunes & Nature devient un véritable laboratoire d’innovation pédagogique. En lien avec François Lapoix, chargé de mission pour l’éducation à l’environnement au Muséum, avec des preneurs de son, des naturalistes et des militants, le mouvement produit des autocollants contre le nucléaire, pour la protection des haies et du bocage, des séries de diapositives sur le naufrage de l’Amoco Cadiz, des expositions et des supports sonores qui marquent durablement les pratiques éducatives du mouvement naturaliste. Le bulletin d’adhésion lui même devient un support de sensibilisation, illustrant la résistance de la nature au « rouleau compresseur » de l’aménagement.

La FFSPN : structuration d’un mouvement associatif national

Son engagement au sein de la Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature s’intensifie à partir de 1972, lorsqu’il entre au conseil d’administration. Il en devient secrétaire général adjoint en 1979, puis secrétaire général en 1982, lorsque Jean Pierre Raffin accède à la présidence. Le duo qu’ils forment, parfois surnommé « Raduc et Leffin », joue un rôle déterminant dans la structuration du mouvement. Jean-Patrick Le Duc contribue à renforcer le lien fédéral et la vie associative en développant la formation des cadres bénévoles, en lançant des stages sur fonds propres puis en obtenant des financements du ministère de l’Environnement à partir de 1982. Il met en place une communication interne régulière avec La Lettre du Hérisson, dont le premier numéro paraît en avril 1984 et qui devient un outil de cohésion pour les associations membres.

Il participe à l’organisation interne de la fédération en contribuant à la création de réseaux thématiques (Tourisme, Forêt, Agriculture, Éducation) et en définissant des chartes d’objectifs pour les administrateurs chargés de suivre certains dossiers. Il prend en charge la commission Chasse, la commission Faune de France Nature Environnement et co préside la commission « Vie sauvage » du Bureau Européen de l’Environnement. Il lance en 1982 une campagne nationale pour la sauvegarde des milieux naturels, fondée sur l’acquisition foncière de sites remarquables, qui permet notamment l’achat d’un marais tourbeux alcalin en Isère. Il contribue à l’organisation de la première Fête de la nature en 1984 sur les bords de la Loire.

Souhaitant donner plus de moyens d’action à la fédération, il réfléchit au mécénat, encourage la commercialisation de produits dérivés, et crée un service juridique à destination des associations. Il participe au recrutement des premiers salariés de la FFSPN, dont une attachée de presse et un chargé de plaidoyer. Il obtient également, avec l’appui de Jean Claude Lefeuvre et de Jean Dorst, la mise à disposition d’un local au Muséum, dans l’ancien appartement de Charles Valois, qu’il contribue à aménager avec quelques collègues.

Il joue un rôle actif au sein du Conseil national de la protection de la nature, dont il est secrétaire du Comité permanent de 1976 à 1988, et participe aux travaux du Bureau Européen de l’Environnement. Il s’investit fortement dans la lutte contre le trafic d’espèces protégées, représentant la FFSPN aux conférences des parties de la CITES au début des années 1980, puis contribuant à la création du bureau français de TRAFFIC en 1987, en lien avec le WWF.

L’engagement contre le trafic d’espèces à la CITES

En 1988, il rejoint le Secrétariat de la CITES à Genève comme chef de l’unité de lutte contre la fraude et de la confirmation des permis. Pendant dix ans, il développe un programme international d’une ampleur inédite. Il met en place des dispositifs de détection et de suivi des réseaux criminels, coordonne la coopération avec INTERPOL et l’Organisation mondiale des douanes, élabore des banques de données sur la criminalité liée au commerce des espèces, rédige des rapports bisannuels sur les infractions à la convention et contribue à définir des politiques de contrôle dans les pays développés comme dans les pays en développement. Il organise soixante-quatorze séminaires de formation entre la fin des années 1970 et 1997, qui concernent plus de quatre mille personnes et représentent plusieurs milliers de journées de formation. Ces séminaires s’adressent aux organes de gestion de la CITES, aux douaniers, aux policiers, aux transporteurs et aux professionnels du commerce. Il coordonne les activités de la convention pour les pays européens, puis pour l’Europe de l’Est, du Sud et de l’Ouest, ainsi que pour les pays d’Afrique francophone. Il suit des dossiers sensibles comme le commerce du caviar, le shatoosh, les rapaces, les varans africains, les crocodiles, les éléphants ou les tigres, et participe à la rédaction du règlement CITES de l’Union européenne en 1996.

Son sens de la pédagogie se manifeste dans des formations souvent innovantes, parfois mémorables, comme cette session organisée au Parlement européen à Strasbourg, où il utilise des animaux en peluche pour illustrer les espèces concernées par la convention. Il conçoit des jeux, des expositions, du matériel promotionnel, des dossiers de presse, et contribue à faire connaître la CITES au delà des cercles spécialisés.

Au cœur des politiques publiques

En 1998, il rejoint le cabinet de Dominique Voynet, ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, à la demande de Jean Pierre Raffin. Il y suit les conventions internationales et les dossiers relatifs à la faune et aux milieux naturels, dans un contexte marqué par de fortes tensions autour de la chasse. Il joue un rôle important dans la régularisation du statut du Bruant ortolan, longtemps laissé hors de tout cadre juridique, et dans la gestion des contentieux avec la Commission européenne. Il contribue à la préparation de l’intervention de la ministre au Sénat en 1999, fondée sur une analyse détaillée des pratiques cynégétiques dans les différents États membres de l’Union européenne. Il poursuit ces missions au cabinet d’Yves Cochet en 2001–2002.

À partir de 1999, il retrouve le Muséum national d’Histoire naturelle, où il occupe plusieurs fonctions dans le domaine des relations internationales. Il est adjoint au chef de la mission des relations internationales, puis chargé de mission auprès de la conseillère du directeur général pour les affaires internationales, et enfin chargé d’affaires internationales à la Délégation aux relations internationales. Il contribue à renforcer la présence du Muséum dans les réseaux scientifiques mondiaux, à structurer les partenariats institutionnels, et à accompagner la participation du Muséum aux grandes conventions environnementales.

En 2016, il devient directeur adjoint du cabinet de Barbara Pompili, secrétaire d’État à la biodiversité. Il participe à plusieurs dossiers sensibles, dont la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées. Ses collègues soulignent alors sa capacité à rappeler, au-delà des contraintes politiques et des rapports de force, l’enjeu fondamental de la conservation des espèces et de la biodiversité.

Retraite en Bretagne

Installé à Elven, dans le Morbihan, à partir de 2017, il poursuit son engagement au niveau local et national. Il est nommé au conseil d’administration de l’Agence française pour la biodiversité, devient référent biodiversité de sa commune, pilote l’Atlas de la biodiversité communale, s’implique dans des associations locales comme Eco Nature Elven, participe à la gestion de la vallée du Kerber, fonde l’association Patrimoine Elven Lavaux, siège au comité consultatif de gestion de la réserve naturelle des marais de Séné, est administrateur de Bretagne Vivante et membre du Conseil scientifique du Parc naturel régional du Morbihan. Il continue ainsi, jusqu’à la fin de sa vie, à conjuguer action de terrain, expertise et transmission.

L’œuvre de Jean Patrick Le Duc se situe à la croisée de plusieurs mondes : celui des associations naturalistes, qu’il a contribué à structurer et à professionnaliser ; celui des institutions scientifiques, où il a participé à l’élaboration de méthodes et de réseaux ; celui des politiques publiques, où il a joué un rôle dans la mise en œuvre des conventions internationales ; celui enfin de la diplomatie environnementale, où il a œuvré à la lutte contre le trafic d’espèces. Son parcours témoigne de la manière dont un engagement précoce peut se transformer en une action durable, à la fois militante, scientifique et administrative, au service de la protection de la nature.


Par Jean-Pierre Raffin

Il y a... 61 ans

Création du Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement Clermont-Dômes

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