Deuxième enfant d’Evrard de Turckheim (ancienne famille de noblesse alsacienne) et de Marguerite Vogel, Solange Fernex perd son père à la guerre en 1940. Militante dès le plus jeune âge, elle s’oppose à l’idéologie nazie, en refusant par exemple de se rendre à l’école primaire de Heiligenstein. Cette souffrance précoce oriente définitivement son parcours vers le pacifisme, qu’elle nourrit de sa foi protestante et de ses convictions féministes. Elle se jure "de réagir toute [sa] vie, d’éduquer [ses] enfants à réagir, à refuser d’accepter l’intolérable, à être autonome, à ne pas pleurer". Après des études au lycée de Barr, elle étudie la biologie à l’Université Louis Pasteur à Strasbourg. Elle échoue aux examens, mais y rencontre Michel Fernex, médecin suisse spécialiste des maladies tropicales, qu’elle épouse le 13 juillet 1957. Après douze années en Afrique, où naissent leurs quatre enfants (Etienne, Antoine, Jean, Marie), ceux-ci sont éduqués très tôt à l’autonomie et au partage des tâches. Le couple revient en Alsace en 1964 et s’installe de façon définitive dans une ferme à Biederthal (Haut-Rhin). Solange Fernex y est élue conseillère municipale de 1977 à 2001. Au début de son premier mandat, il s’agit de l’unique femme de l’assemblée municipale.
Sans s’enfermer dans un dogme, mais habitée par les idées de Gandhi, Lanza del Vasto, Romain Rolland, Teilhard de Chardin, Massignon ou encore Théodore Monod, Solange Fernex fonde en 1965 la section haut-rhinoise de Terre des hommes, ONG de solidarité internationale pour la défense des droits humains. Première création d’une longue série, car Solange Fernex agit ainsi : elle sème une graine, laisse germer le projet qui donne naissance à une association, une section locale… puis passe la gouvernance à d’autres et part créer une autre œuvre utile, conforme à ses valeurs.
Ainsi, toujours en 1965, elle est l’une des cofondatrices de l’Association Fédérative Régionale pour la Protection de la Nature (AFRPN, devenue Alsace Nature en 1991), dont elle préside la section haut-rhinoise de 1975 à 1977. Conformément à l’éthique du respect de la vie d’Albert Schweitzer, que Solange Fernex a fait sienne, il est inconcevable pour elle de ne pas respecter la vie, de ne pas préserver une planète vivable, solidaire, fraternelle, pour les générations futures. Dépassant une vision purement naturaliste, elle associe les questions sociales aux luttes écologistes.
En 1973, sous la bannière Ecologie et Survie, elle est la suppléante d’Henri Jenn, premier candidat écologiste en France, aux élections législatives dans la circonscription de Mulhouse. Antoine Waechter, trop jeune pour être candidat, est directeur de campagne. Cette candidature préfigure l’émergence du mouvement écologiste français, en dépit du très faible score réalisé (1,93% des voix) lors de cette première candidature. La même année, Solange Fernex adhère à l’association créée par Claude Richard Molard Les Français contre la Bombe pour s’opposer aux essais nucléaires et à la course aux armements. À partir de cette date, elle participe à la plupart des luttes antinucléaires, civiles ou militaires : jeûne de 23 jours (10 février – 6 mars 1977) contre la construction de la centrale de Fessenheim et manifestation à Malville en 1977, Jeûne pour la Vie (38 jours, à compter du 6 août 1983) pour le désarmement nucléaire en 1983, création de l’association Les enfants de Tchernobyl en 1986 (puis de Enfants de Tchernobyl Belarus en 2001). En 1978, à l’occasion d’un voyage à Hiroshima à l’invitation des militants antinucléaires japonais, elle rencontre les populations autochtones des Iles Marshall, irradiées par les bombes de Bikini et d’Eniwetok. Elle en recueille les témoignages et les utilise dans de nombreuses conférences internationales pour réclamer l’arrêt des essais atomiques. Récipiendaire de la Légion d’honneur en 1996, elle reçoit en 2001 le prix international Nuclear-free Future en hommage à ses nombreux engagements.
En 1974, comme des dizaines d’autres militants de la nébuleuse écologiste naissante en Alsace, elle participe à l’occupation du site de Marckolsheim – à l’instar de ce qui s’était fait au Larzac - contre l’installation de la Chemische Werke München, une usine de fabrication de stéarates de plomb. En février 1975, la lutte est gagnée, l’État renonçant au projet d’implantation de l’entreprise bavaroise.
En 1977, Solange Fernex dirige le mouvement Europe-Ecologie pour les élections européennes. Le score de 4,39% ne lui permet pas d’obtenir un siège. La même année, elle fonde l’organisation pacifiste et féministe Femmes pour la paix, qu’elle préside jusqu’en 1996. Solange Fernex participe en janvier 1984 à la création du parti politique des Verts, Confédération écologiste - Parti écologiste. Elle est membre du bureau national et porte-parole du mouvement entre 1984 et 1989, période pendant laquelle elle est à l’origine de la parité hommes-femmes chez les Verts (1987), anticipant de plusieurs décennies les débats sur la représentation politique. Candidate malheureuse en 1984, Solange Fernex est finalement élue au Parlement européen en 1989 et s’engage en faveur d’une Europe non-violente, plus écologique et solidaire du Tiers-Monde. Vice-présidente du groupe les Verts-Europe-Ecologie de janvier à novembre 1991, elle démissionne la même année en application du principe du « tourniquet » de mi-mandat mis en place par les Verts.
De 1995 à 2003, elle préside la section française de la Ligue internationale féminine pour la paix et la liberté. Dans cette même période, elle s’oppose aux bombardements de l’OTAN lors de la guerre du Kosovo en 1999 en signant la pétition « Les Européens veulent la paix ». Les dernières années de sa vie demeurent marquées par l’engagement, mais également par la volonté d’en laisser une mémoire. En témoignent la biographie écrite par Elisabeth Schulthess, Solange, l’insoumise. Écologie, féminisme, non-violence, parue en 2004 et rééditée en 2025, mais également le film La Petite Etincelle de Daniel Coche.
Solange Fernex décède en 2006 à Biederthal, laissant derrière elle de nombreux héritages militants. Tout au long de sa vie, elle a fait résonner l’exemplarité de sa vie personnelle avec l’efficacité de ses engagements collectifs.
Références :
FORTIER Jacques, « Solange Fernex », Le Monde, ? 14 septembre 2006.
SCHULTESS Elisabeth, Solange, l’insoumise. Écologie, féminisme, non-violence, Barret-sur-Méouge, Y. Michel, 2004.
VAILLANT François, « Solange Fernex (1934-2006) », Alternatives Non-Violentes, vol. 187, n°2, ? 2018, pp. 27-28
Sources :
FERNEX Solange, « La vie pour la vie », Combat Nature, n° 70, novembre 1985, pp. 33-36
Archives non répertoriées de Solange Fernex relatives au « Jeûne pour la vie », conservées par Jocelyn Peyret, Colmar ; fonds consulté en février 2024.
Fonds d’archives non répertorié, conservé dans divers cartons, avec une partie de l’ancienne bibliothèque de Solange Fernex par Roland de Miller à Gap, dans les locaux des Editions du Souffle d’Or, 5 allée du torrent ; fonds consulté en mars 2024. Le fonds contient : des documents relatifs au désarmement nucléaire, un document de mars 1986 intitulé « le projet vert pour l’Alsace (Les Verts, Ecologie et Survie) »