Histoire de la protection de la nature et de l’environnement
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Le ministère de l’environnement à 50 ans !

Le 7 janvier 1971, un communiqué de l’Élysée annonçait, dans le cadre d’un remaniement ministériel partiel, la création d’un tout nouveau ministère, celui de la Protection de la nature et de l’Environnement dont la charge était confiée à Robert Poujade (décédé au printemps 2020).

La question environnementale est devenue tellement omniprésente que plus personne ne s’étonne, aujourd’hui, de l’existence d’un ministère dédié à ce champ de l’action publique. Mais en 1971, il en fut tout autrement, et cette décision du président Georges Pompidou (1911-1974) surprit tant la sphère administrative étatique que les milieux politiques, journalistiques, et les associations de protection de la nature et de l’environnement.

Ces réactions signifiaient-elles que cette question était jusqu’alors ignorée du gouvernement et plus généralement de l’action publique antérieure ? Et qu’elle l’était aussi dans la société ?

Pour tenter de répondre à ces interrogations et se faire une idée de ce que pouvait vouloir dire et annoncer cette apparente innovation gouvernementale - on parlerait aujourd’hui de nouvelle gouvernance - il est nécessaire d’effectuer un retour en arrière sur le contexte de l’époque et sur celui qui l’a précédé, en mettant l’un et l’autre en relation avec les problématiques environnementales qui s’y firent jour mais qui révéleront tous leurs effets plus tard, et dont les conséquences sont encore perceptibles aujourd’hui.

La France des « Trente Glorieuses »

L’âge d’or sous les traits duquel elles sont souvent présentées, ne doit pas occulter le fait qu’elles n’ont pas été un long fleuve tranquille !

Sur le plan international, les tensions géopolitiques apparues après la Seconde Guerre mondiale entre le bloc de l’Ouest, avec à sa tête les États Unis, et le bloc de l’Est dominé par l’URSS attisent la compétition économique entre les deux blocs et génèrent une dangereuse course aux armements nucléaires. Cette « guerre froide », perdurera jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989. La France renforcera, elle aussi, ses capacités militaires et se dotera de l’arme nucléaire.

Sur le plan intérieur, si la IVème République peut mettre à son crédit sa participation active à la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) en 1951 et à celle de la Communauté Économique Européenne (CEE) en 1957, elle n’a pas su aborder la décolonisation, s’abîmant dans la guerre d’Indochine et le démarrage de la guerre d’Algérie. Elle a dû alors céder la place à la Vème République en 1958 qui, elle-même, devra assumer cette décolonisation au prix fort du drame algérien.

Malgré ces tragédies, il y a bien eu un âge d’or durant ces « Trente Glorieuses » ! Depuis la fin de la guerre, la France, qui en est sortie exsangue, bénéficie, à l’instar de la plupart des pays de l’OCDE, d’une croissance économique exceptionnelle, plus 5 % en moyenne par an, tirée par l’investissement et la consommation. Elle connaît le plein-emploi et l’ascenseur social fonctionne. Le niveau de vie de la population est en constante augmentation. En 1971, donc, au moment de la création du ministère, les effets de cette croissance sont déjà bien visibles et repérables sur la totalité du territoire.

« Les champs du départ » (*)

C’est d’abord une profonde transformation des campagnes et de l’agriculture permise et encouragée financièrement par le plan Marshall à partir de 1948, puis, à partir de 1962, par la politique agricole commune (PAC). L’augmentation de la productivité de l’agriculture qui sera recherchée par les lois d’orientation agricole de 1960 et 1962, laissera plus tard une forte empreinte dans le paysage rural à la suite des travaux connexes aux restructurations foncières (remembrements) et à la mécanisation.

On estime que ces opérations cumulées ont impacté la moitié des surfaces agricoles, soit environ 15 millions d’hectares, principalement dans le Nord et l’Ouest de la France faisant, notamment, disparaître 750 000 kms de haies et plusieurs centaines de milliers d’hectares de zones humides. En réaction à leur assèchement et à leur drainage, qui inquiètent les défenseurs de la nature et de la sauvagine, le Bureau MAR (pour la racine commune aux mots désignant les MARécages en français, MARshes en anglais, MARismas en espagnol et MARemma en italien) est créé en 1962, à l’instigation de Luc Hoffmann (1923 - 2016). Sur le terrain en France, son action est animée par Michel Brosselin (1936 - 1980). Relayé dans plusieurs pays, conjugué à celle d’organisations cynégétiques, le lobbying du bureau MAR aboutira à l’élaboration et à la signature en 1971, dans la ville iranienne de Ramsar, de la convention relative aux zones humides d’importance internationale, particulièrement comme habitats des oiseaux d’eau.

Consécutivement à cette modernisation conduite à marche forcée, décrite et soutenue au nom du Centre National des Jeunes Agriculteurs (CNJA) en 1963 par Michel Debatisse (1929 - 1997) dans sa révolution silencieuse, on assiste à un exode rural assumé et encouragé pour fournir de la main d’œuvre aux secteurs industriel et tertiaire en plein développement, et à un dépeuplement accéléré des campagnes décrit en 1967 dans La fin des paysans par Henri Mandras (1927 - 2003). La célèbre chanson « La montagne » de Jean Ferrat (1930 -2010), témoigne, pour toute une génération, de cette profonde transformation économique, sociale et environnementale du pays.

Cette évolution des campagnes sera freinée, à partir de 1967, par des dispositifs publics de rénovation rurale et de soutien à l’agriculture de montagne et par les mouvements de jeunes urbains aux aspirations libertaires et écologiques d’après 1968, qui tentent de s’installer dans les espaces ruraux délaissés par les paysans.

Une autre modalité de l’intensification agricole réside dans le développement de l’usage des engrais minéraux, des herbicides et des produits phytosanitaires de synthèse. Les conséquences environnementales sur l’écologie des écosystèmes et sur la santé de ces nouvelles pratiques qui se généralisent, ne sont pas, elles, immédiatement et visuellement perceptibles bien qu’elles aient été dénoncées par Rachel Carson (1907-1964) dans son ouvrage Silent Spring qu’elle fait paraître aux États-Unis en 1962 et qui sera traduit en France en 1968, sous le titre de Printemps silencieux, avec une préface du professeur Roger Heim (1900-1979). C’est à ce moment que des scientifiques déplorent dans la revue Science Progrès La Nature, le faible soutien apporté aux recherches sur la lutte biologique contre les insectes nuisibles en agriculture.

Les difficultés que nous rencontrons dans la gestion et la résorption des externalités environnementales négatives que génère l’agriculture aujourd’hui, tiennent au caractère productiviste et au modèle économique qui lui a été donné depuis les années 1960.

Une autre « révolution invisible »

Ce sont aussi dans les territoires, les marques laissées par la reconstruction et le réaménagement des nombreuses villes détruites pendant la guerre, celles-ci bénéficiant des moyens mobilisés dans le cadre des politiques de « rénovation urbaine » qui se traduiront par la destruction et la réhabilitation du tissu urbain ancien et la mise en pratique des théories de l’urbanisme moderne de Le Corbusier (1887 - 1965) dans le logement collectif.

À ces nécessités nées de la guerre, s’ajoutent, dès le milieu des années 1950, la construction massive de nouveaux logements - « les grands ensembles » modernes des banlieues ouvrières- pour répondre à la forte demande résultant cumulativement du baby boom d’après-guerre, de l’exode rural, de l’accueil de la main d’œuvre étrangère à laquelle il est fait appel pour le redémarrage industriel, et à partir de 1962, de celui des rapatriés d’Algérie. « L’appel » de l’abbé Pierre (1912 – 2007) du 1er février 1954 en faveur des « sans-abri » est resté dans les mémoires. Il intervient dans ce contexte général et cette tension, accentués, conjoncturellement, cet hiver-là, par deux vagues de froid exceptionnelles.

La reconstruction et la modernisation des infrastructures et des zones industrielles détruites et le nouvel essor qui leur est donné grâce aux investissements massifs dont elles bénéficient, génère des chantiers gigantesques. L’un des plus emblématiques est celui de Donzère-Mondragon au titre des aménagements hydroélectriques du Rhône. Il a été considéré comme le plus grand chantier d’Europe du moment.

Cette forte croissance industrielle inspirée par le programme du Conseil National de la Résistance et promue par le général de Gaulle (1890 - 1970) dès la Libération, et à partir de son retour au pouvoir en 1958, prendra son essor durant la IVème République, indépendamment de ses vicissitudes. Elle sera poursuivie par le successeur du général, Georges Pompidou, et restera attachée à l’image des « Trente Glorieuses » qualifiée de « révolution invisible » par Jean Fourastié (1907 - 1990) du fait qu’elle s’est déroulée sans interruption sur trois décennies, elle sera considérée comme étant le produit de l’action volontariste de l’État conduite par et sous l’égide du commissariat général du Plan créé en 1946, et des « plans Monet » successifs qui seront pensés et mis en œuvre par l’élite technocratique formée par les ingénieurs issus des grands corps techniques de l’État (Polytechnique, Mines, Ponts et Chaussées).

Elle aura aussi été permise par l’accès aux énergies fossiles abondantes et à bas coût : charbon américain et de la Sarre dans un premier temps, pétrole et gaz d’Algérie, notamment, dans un second temps.

Aucune des autorités en responsabilité durant cette époque, pas plus d’ailleurs que les milieux scientifiques et environnementalistes, ne soupçonnaient qu’elles seraient, seulement une trentaine d’années plus tard, jugées comme étant la cause principale du réchauffement climatique global d’origine anthropique et, de ce fait, vouées aux gémonies.

Mais plus encore que les chantiers ponctuels de travaux publics, c’est le déploiement des politiques d’aménagement du territoire sur l’ensemble du pays qui le transforme profondément. L’inégale répartition des activités sur le territoire avait été soulignée par Jean-François Gravier (1915-2005) dans son ouvrage célèbre Paris et le désert français, dès 1947. Après plusieurs tentatives et initiatives prises sous la IVème République pour apporter une réponse à ce problème mais qui n’avaient pas donné de solutions satisfaisantes, ces politiques connaissent une nouvelle et forte impulsion avec la création de la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR) en 1963 et l’action de ses deux premiers délégués, Olivier Guichard (1920 - 2004) et Jérôme Monod (1930 - 2016) entre 1963 et 1974.

Celle-ci se voit investie de cette mission de trouver les moyens de rééquilibrer la répartition de la population, de favoriser le développement de zones d’activité nouvelles, de doter le pays en infrastructures et en équipements modernes. C’est ainsi que sera instituée une douzaine de métropoles d’équilibre pour faire contrepoids à la centralisation parisienne, que sera créée une dizaine de villes nouvelles, que sera accélérée la construction du réseau autoroutier, que seront lancées les politiques d’aménagement et de développement touristique du littoral (Aquitaine, Languedoc Roussillon, côte atlantique) avec la création de résidences et de ports de plaisance et de la montagne avec les plans neige pour le développement des stations de sports d’hiver en altitude. C’est aussi, accompagnant l’urbanisation rapide, le développement et la multiplication des zones d’activité et centres commerciaux en périphérie des villes.

Si c’est la DATAR qui pense et coordonne l’aménagement du territoire, c’est bien le ministère de l’Équipement, créé en 1966 par la fusion des ministères des Travaux publics et des Transports et du ministère de la construction, qui a la haute main sur la réalisation des équipements et des infrastructures. Ainsi, l’aménagement de la France est confié à deux puissants moteurs qui tourneront, désormais, à plein régime.

De fait, à la fin des années 1960 et au début de la décennie suivante des années 1970, au crépuscule de la période des « Trente Glorieuses » - mais personne ne sait encore à ce moment-là qu’elle prendra fin avec le premier choc pétrolier qui surviendra bientôt, en 1973 - la France a réussi son redressement économique et cherche encore à l’amplifier sous la présidence de Georges Pompidou. Mais c’est un redressement économique acquis grâce à un modèle de croissance qui ne s’est pas ou qui s’est insuffisamment préoccupé de ses conséquences tant environnementales que sociales.

De « la nature n’en peut plus ! » à l’utilisation rationnelle des ressources de la biosphère

Et c’est - on peut en être surpris - un numéro spécial du bulletin d’information du ministère de l’Agriculture, publié en 1970 avec le concours du comité interministériel pour l’information, préfacé par le ministre lui-même, Jacques Duhamel (1924-1977), au nom du comité français d’organisation de l’année européenne de la nature qu’il préside, qui, sous le titre choc La nature n’en peut plus, dresse un constat sans nuance de toutes les « pressions », qu’exerçaient partout sur la planète les activités humaines sur la nature. L’auteur, Nicolas Skrotzky (1918-1998), en établissait un bilan catastrophique : explosion démographique, pollution de l’air et de l’eau, érosion et empoisonnement des sols, pollution des océans, massacre de la faune et des forêts.

Contrairement au regard qui est souvent porté aujourd’hui sur cette période, au tournant des années 1969 - 1970, la prise de conscience que ce constat suscite est quasi générale, mondiale, européenne et elle l’est aussi en France. Comment en est-on arrivé là ?

Si, après-guerre, au niveau international, cette prise de conscience s’opère rapidement auprès de quelques élites ouvertes à ces questions, elle progressera ensuite, graduellement, essentiellement au travers des initiatives et de l’action de deux organisations internationales : l’UNESCO et le Conseil de l’Europe et de deux organisations non gouvernementales : l’Union International pour la Protection de la nature (UIPN) créée en 1948 et le World Wildlife Fund (WWF), Fonds mondial pour la vie sauvage en français, créé en 1961. Ce lent processus trouvera son aboutissement vingt-cinq années plus tard, dans la désormais célèbre conférence des Nations Unies sur l’Environnement Humain de Stockholm en 1972 et, consécutivement, dans la création du Programme des Nations Unies pour l’Environnement.

On prête au président américain Harry Truman (1884-1972), d’avoir donné l’impulsion de départ lorsque, donnant ses consignes à son représentant au Conseil Économique et Social des Nations Unies, le 4 septembre 1946, il lui demande d’appeler solennellement l’attention des membres du conseil sur l’importance « que présente pour le maintien de la paix, la sauvegarde des ressources naturelles du monde » et de proposer la tenue d’une conférence spéciale. Sous la désignation de Conférence Scientifique des Nations Unies pour la Conservation et l’utilisation des ressources naturelles, elle se tint en 1949 à Lake Success, aux États-Unis, en même temps qu’une autre conférence organisée, elle, par l’UNESCO sous le nom de Conférence Technique Internationale pour la Protection de la Nature.

L’UNESCO en avant garde

C’est le premier directeur général de l’UNESCO, le biologiste britannique Julien Huxley (1887-1975), lui-même très préoccupé par les atteintes portées aux milieux naturels et par les déséquilibres mondiaux qui, durant son mandat (1946-1948), introduit la prise en compte de ces préoccupations par l’organisation, considérant « que la bataille ne pourra être gagnée que lorsque les masses et l’ensemble des élites auront été convaincus des dangers qui les menacent ». Les missions de l’UNESCO portant sur l’éducation, la science et la culture, il lui paraissait légitime de faire en sorte que ces trois leviers soient mis au service de la protection de la nature bien que celle-ci ne soit pas explicitement mentionnée dans ses attributions.

Les réflexions et réunions préparatoires à la création de l’Union International pour la Protection de la Nature (UIPN, aujourd’hui UICN) qui se déroulèrent à Brunnen, en Suisse à partir de 1946, lui donnèrent l’occasion d’impliquer l’UNESCO, les promoteurs de cette création ayant suggéré qu’elle le fût sous ses auspices. Ainsi, Julien Huxley en apportant l’aide et la caution de l’UNESCO à l’officialisation de la création de l’UIPN à la Conférence de Fontainebleau d’octobre 1948 ouvrit la voie à une collaboration régulière des deux institutions.

Durant son mandat qui ne dura que deux ans, il reçut mission de l’Assemblée générale de Mexico, en 1947, de participer à la préparation et aux délibérations de la future conférence de Lake Success, aux États-Unis, mission qui fût complétée l’année suivante, lors de l’Assemblée générale de Beyrouth par l’organisation, en même temps, et au même endroit, d’une conférence technique internationale pour la protection de la nature.

Ces deux conférences tenues en 1949, qui, bien qu’ayant des objectifs différents, par bien des côtés, s’entremêlèrent, témoignent de l’âpreté des débats qui avaient cours au sein et entre les cercles préservationnistes et conservationnistes de l’époque. Débats qui conduiront, de son côté, en 1956, l’UIPN à substituer dans sa dénomination le mot « conservation » à celui de « protection ».

Dans les années 1950 et 1960, l’action de l’UNESCO est multiforme et volontariste sur ces questions, notamment sous l’influence d’un autre directeur général charismatique de l’organisation, le professeur de philosophie français René Maheu (1905-1974), qui la dirige de 1962 à 1974. Elle consiste tout autant à faire réaliser des études sectorielles, qu’à favoriser la création d’institutions scientifiques dédiées à la connaissance des milieux naturels, qu’à l’organisation de colloques tel celui de Beyrouth en 1954 sur la protection de la nature dans la région du Proche Orient. En 1962, l’UNESCO adopte une recommandation concernant « la sauvegarde de la beauté et du caractère des paysages et des sites ». En 1965, elle lance la revue Nature et ressources.

Avec son soutien, en 1966, est lancé par le Conseil International des Unions Scientifiques, le premier programme à envergure mondiale de recherches écologiques sur le fonctionnement des écosystèmes de la planète qui sera connu sous le nom de « Programme biologique international (PBI) ». Il s’achèvera en 1974 par une somme considérable de connaissances qui irrigueront plusieurs années durant, les réflexions sur la gestion et la conservation des ressources.

C’est en 1968, avec la Conférence Intergouvernementale d’Experts sur les Bases Scientifiques de l’Utilisation Rationnelle des Ressources de la Biosphère que l’UNESCO organise à Paris, que l’organisation atteint le plein développement de son action tout en procédant à une inflexion de sa doctrine qui se traduira par le lancement du programme MAB (Man and Biosphere), « l’Homme et la biosphère » qu’elle lancera en 1971. Mais, parallèlement, cette année-là, l’UNESCO patronne la conférence dite de Ramsar qui adoptera la convention de même non sur la préservation des zones humides, l’une des toutes premières conventions internationales dédiée à la protection de la nature, dont on commémore aussi le cinquantième anniversaire cette année.

Cette inflexion est illustrée par les propos introductifs du docteur François Bourlière (1913 1993) qui préside et ouvre la conférence. Ils en donnent le ton et l’objectif : « Au-delà de l’élaboration de méthodes scientifiques rationnelles de gestion du patrimoine naturel de l’humanité, la conférence doit créer un courant de « pensée écologique » parmi les savants, les politiques, et au sein du grand public afin de développer une meilleure compréhension des relations entre l’Homme et la nature en tant que partie du problème plus vaste des relations entre l’Homme et son environnement ».

Les questions mises au programme des conférences de 1949 et 1968 vont, à vingt ans d’intervalle, constituer le soubassement d’un questionnement plus large et plus profond qu’introduisent les propos de François Bourlière. À une réflexion sur les moyens de protéger la nature, va s’ajouter, voire se substituer, une réflexion sur les causes et les origines du saccage de la planète, pointant « la marche du monde » lancée dans une course éperdue pour la domination de la nature ayant pour conséquence l’épuisement des ressources naturelles.

En effet, après l’euphorie des deux premières décennies d’après-guerre, une question commence à monter dans la société et auprès de certains dirigeants de grands organismes internationaux : comment faire face aux déséquilibres mondiaux qui se sont creusés entre pays développés et pays sous-développés ? Comment penser une nouvelle croissance plus respectueuse des équilibres humains et environnementaux ? Pour investir et tenter d’apporter des réponses à ces questions, Alexander King (1909-2007), alors directeur général pour l’éducation et la science à l’OCDE et Aurelio Peccei (1908-1984), cadre et administrateur de la firme italienne FIAT, créent cette même année 1968, un groupe informel de recherche et de proposition. Ce groupe, qui se fera connaître sous le nom de « Club de Rome », connaîtra un énorme succès de librairie avec, en 1972, la publication du rapport The Limits to Growth, dit rapport Meadows du nom de son principal rédacteur (qui sera traduit dans l’édition française par l’interrogation Halte à la croissance ?). À l’instar d’un Julien Huxley, empreint de pessimiste sur la fin de sa vie, les auteurs y prédisent que si rien n’est entrepris pour stabiliser à terme le système mondial de production et de consommation, la croissance matérielle sans limite conduira tôt ou tard à son effondrement.

Le Conseil de l’Europe : pionnier sur la scène européenne

Au plan européen, le Conseil de l’Europe est la première organisation intergouvernementale à mettre la question de l’environnement à son agenda avec la constitution d’un Comité Européen pour le Sauvegarde de la Nature et des Ressources naturelles en 1962. Son mandat le disposait à appréhender et à lutter contre les pollutions de l’eau et de l’air, à réglementer la fabrication et l’usage des pesticides, à encourager la création de parcs et de réserves, à protéger la faune et la flore et à promouvoir l’éducation et l’information des européens.

En 1965, il innova en créant le diplôme européen des aires protégées qu’il délivre aux aires protégées remarquables pour les valeurs naturelles qu’elles abritent et qui sont bien gérées. En 1968 il adopta une déclaration sur la pollution de l’air aux recommandations ambitieuses pour l’époque et une charte européenne sur l’eau qui inspira de nombreuses législations nationales.

Mais c’est sans conteste la conférence qu’il organisa du 9 au 12 février 1970 dans le cadre de la première année européenne de la protection de la nature, qui restera dans la mémoire de son action comme celle qui, tout à la fois, clôtura la période d’incubation et d’apprentissage des européens aux questions environnementales et ouvrira sur une nouvelle ère, celle de l’institutionnalisation de ces questions dans chacun de ses États membres. Elle se conclut par l’adoption par toutes les parties prenantes nombreuses à y participer, d’une déclaration comportant une trentaine de recommandations dont celle de mettre en place dans chaque État un ministère de l’Environnement.

L’union fait la force !

La création de l’UIPN en 1948, est la concrétisation d’un projet dont le père fondateur est le naturaliste suisse Paul Sarasin (1856-1929), le créateur du parc national suisse en 1914. Lui rendant hommage à Fontainebleau, le premier président de l’Union dira de lui : « Penseur et savant, il s’était rendu compte de l’inutilité des efforts dispersés, de la nécessité de coordonner les mesures prises dans les différentes parties du Globe, afin de conserver la flore et la faune menacées par l’action « civilisatrice » de l’Homme ». L’initiative qu’il avait prise en 1913 pour mettre sur pied une institution intergouvernementale ad hoc fut stoppée par la Première Guerre mondiale et n’eut pas immédiatement de lendemain, la paix revenue.

La structure mise en place à Fontainebleau correspondait à l’idée que s’en était faite Paul Sarasin avec la réunion de gouvernements et d’organisations de la société civile dans le but partagé d’encourager la coopération internationale et de fournir des connaissances et des outils scientifiques pouvant orienter les États à prendre des mesures de conservation de la nature.

Pendant les deux premières décennies de son existence, durant lesquelles la France exerça son influence au travers de deux présidents charismatiques, Roger Heim de 1954 à 1958 et François Bourlière de 1963 à 1966, l’UIPN s’est préoccupé de la protection des espèces et des milieux naturels nécessaires à leur survie et des effets des activités humaines sur la nature ; s’alarmant notamment des effets nocifs des pesticides, dont le DDT, sur la faune et la flore et luttant pour son interdiction. Dès 1949, elle avait publié une première liste d’espèces menacées comportant quatorze espèces de mammifères et treize espèces d’oiseaux. En 1964, grâce aux données collectées par son réseau international, elle était en mesure de dresser une première « liste rouge » des espèces mondialement menacées. En 1956, l’année où elle changea de nom, elle publia un atlas des parcs et réserves dans le monde. Comme cela a déjà été mentionné, elle coopéra étroitement avec l’UNESCO.

L’argent fait la conservation

Le défaut de l’organisation ainsi mise en place - car elle en avait un - était de ne disposer d’aucune ressource, les gouvernements s’étant assurés de n’encourir aucune obligation financière au moment de sa fondation. L’UIPN, qui s’était installée à Bruxelles à sa création, décida en 1960, de déménager ses bureaux en Suisse, à Morges, petite ville du canton de Vaud, au bord du Léman. Mais elle était à ce moment-là désargentée et accusait un sérieux déficit.

Si on prête à ces difficultés financières les raisons qui motivèrent initialement la création du WWF, il y en avait d’autres dans l’esprit de l’ornithologue britannique Max Nicholson (1904-2003) qui a été l’artisan de sa fondation avec notamment Julian Huxley. Ce dernier parcourait le monde, l’Afrique en particulier, et il était très inquiet, avec d’autres naturalistes et conservationnistes de l’époque, de l’impact que pourrait avoir la décolonisation en marche sur le maintien des mesures de protection acquises. Son idée était que les États nouvellement indépendants puissent valoriser et tirer parti par le tourisme des parcs et réserves dont ils héritaient mais cela nécessité de pouvoir les aider financièrement. Or, ni l’UICN ni l’UNESCO ni les Nations Unies n’étaient en mesure d’y pourvoir. L’autre idée de Nicholson était de soutenir financièrement des projets de conservation de la nature, des espèces animales menacées en particulier en suscitant la création d’un fonds alimenté par des dons privés issus du monde des affaires.

Durant l’année 1960, il discuta de la faisabilité de son projet avec d’autres militants et experts soutenant cette cause à travers le monde. Puis tout alla finalement très vite. En avril de l’année suivante, le conseil d’administration de l’UICN adopta le « plan Nicholson » qui prévoyait la création d’une fondation de droit suisse pour collecter et administrer des fonds. Cette décision sera connue plus tard sous le nom de « Manifeste de Morges » faisant l’objet d’une déclaration internationale intitulée : « Nous devons sauver la nature dans le monde ». Parmi les seize signataires, il y avait un français, François Bourlière, le précédent président de l’UICN.

« Sauvez les parcs nationaux. Vanoise d’abord ! »

On vient de le voir, cette prise de conscience des problèmes environnementaux fut un long chemin. Au départ, au lendemain de la fin de la guerre et les années suivantes, elle est le fait d’élites agissant principalement dans les cercles d’influence des institutions présentées ci-dessus. Ensuite, dès les années 1960, elle percola et infusa dans de plus en plus larges pans de la société, notamment au travers de l’action des déjà nombreuses associations de protection de la nature et de l’environnement.

Pour la France, la démonstration de cette prise de conscience peut en être apportée par « l’affaire de la Vanoise » qui verra, à l’instigation des associations de protection de la nature et de nombreuses personnalités, se mobiliser la population pour défendre l’intégrité du parc national de la Vanoise lorsque la station de sports d’hiver de Val Thorens voulut s’étendre sur le glacier de Chavière et le vallon de Polset. De 1969 à 1971, l’indignation, le tollé général et les pétitions pour s’y opposer furent d’une ampleur sans précédent. La Société Nationale de Protection de la Nature (SNPN) diffusa 500 000 exemplaires d’un numéro spécial « Vanoise » du Courrier de la Nature et doubla le nombre de ses membres et la pétition « Sauvez les parcs nationaux. Vanoise d’abord ! », lancée par la jeune Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature (FFSPN) recueillit plus de 200 000 signatures. Après de multiples tergiversations gouvernementales et rebondissements, le président Georges Pompidou donna lui-même l’instruction de stopper le projet.

Après la catastrophe de Feyzin en 1966, le naufrage du pétrolier Torrey Canyon l’année suivante, qui, faisant couler beaucoup de pétrole, a fait couler beaucoup d’encre, et cette « affaire de la Vanoise », la cause de la protection de la nature acquiert une visibilité médiatique dont un des signes révélateurs est la création de l’association française des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie en 1969, à l’instigation, notamment, de Pierre Pellerin (1920 - 2001). En témoignent aussi les succès de l’émission de télévision La France défigurée de Louis Bériot (1939-2019) et Michel Péricard (1929-1999) diffusée de 1971 à 1978 sur la seconde puis sur la 1ère chaîne de l’ORTF.

L’entrée en scène de lanceurs d’alerte et de la contre-culture américaine

Ce cri, « La nature n’en peut plus » est poussé, depuis une vingtaine d’années déjà, par de nombreuses personnalités des sciences et des lettres par les nombreuses associations de protection de la nature, mais aussi par un noyau avant-gardiste de hauts fonctionnaires, de responsables de grands organismes nationaux, publics et privés appartenant à la même élite technocratique déjà citée et par quelques rares hommes politiques visionnaires. Tous ne cessent de tirer les sonnettes d’alarme sur les dangers que fait courir à la nature et au-delà d’elle, à l’Homme, « la technique qui devrait le servir au lieu de l’asservir », avait déjà énoncé Eugène Claudius Petit (1907-1989), ancien ministre, le 6 novembre 1957, en présidant l’assemblée constitutive des parcs de France avec l’écrivain Georges Duhamel (1884-1966).

À titre d’illustration, citons quelques ouvrages qui alertèrent très tôt sur cette situation et qui constituent encore aujourd’hui des références. Outre le livre de Rachel Carson, déjà cité, le premier d’entre eux à paraître après la guerre, en 1948, est celui du naturaliste américain Henry Fairfield Osborn (1887 - 1969). Sous le titre français La planète au pillage, il est le premier à alerter sur le caractère global et mondial d’une crise qu’il voit venir pour l’humanité et qui, selon lui, conduira à sa destruction. Le second, et premier d’un auteur français, portant le titre de Destruction et Protection de la Nature, est à attribuer à Roger Heim en 1952, alors qu’il était directeur du Muséum National d’Histoire Naturelle et vice-président de l’Union Internationale pour la Protection de la Nature (aujourd’hui l’UICN). Le troisième fut un best-seller publié en 1965, traduit dans une vingtaine de langues et réédité plusieurs fois : Avant que nature meure. Il est l’œuvre de Jean Dorst (1924-2001), alors professeur au même Muséum National d’Histoire Naturelle, avant qu’il en devienne le directeur. Le quatrième et dernier est un ouvrage plus grand public de sensibilisation aux diverses atteintes menaçant l’équilibre de la nature écrit la même année par Michel-Hervé Julien (1927-1966), un ornithologue breton, et l’un des pères fondateurs de la Société d’Étude et de Protection de la Nature en Bretagne. A travers ce petit livre, L’homme et la nature, dans lequel il explique le « pourquoi » et le « comment » de la protection de la nature, il montre sa vision humaniste des questions environnementales et leur acuité sur l’ensemble de la planète.

Mais l’avancée décisive de la conscientisation de la société aux questions environnementales proviendra, de façon inattendue, d’un regard extérieur et éloigné porté sur notre planète. Ce sont les missions Apollo des années 1960 et celle, mémorable de 1969 qui a vu l’alunissage des astronautes américains Neil Armstrong et Buzz Aldrin, qui ont révélé aux Hommes la finitude de la Terre qu’ils habitent, sa fragilité et la responsabilité de l’humanité pour en conserver sa beauté et ses caractéristiques écologiques pour qu’elle demeure vivable.

D’autres auteurs et penseurs de l’époque prônèrent, eux, un changement radical civilisationnel en mettant en cause le progrès technologique et les trajectoires de la société au regard des questions environnementales. Hans Jonas (1903-1993), René Dumont (1904-2001), Robert Hainard (1906-1993), Bernard Charboneau (1910-1996), Jacques Ellul (1912-1994), Barry Commoner (1917-2012), André Gorz (1923-2007), Serge Moscovici (1925-2014), Pierre Fournier (1937-1973) furent de ceux-là. Leur pensée et, pour certains, leur action, sont à associer à une autre rupture qui se produit lors de ce tournant des années 1969-1970. À une approche naturaliste traditionnelle, plutôt réformatrice, jusqu’alors défendue majoritairement par les associations de protection de la nature, les biologistes et les écologues, s’ajoute et quelquefois s’oppose, dès la fin des années 1960, paradoxalement, en déconnexion des mouvements qui ont fait « mai 1968 » en France, une approche politique dite « écologiste ».

Une journée pour la Terre

Il est devenu habituel d’identifier l’acte de naissance de cette prise de conscience écologiste, au sens politique qu’elle a aujourd’hui à l’instauration de la première Journée de la Terre le 22 avril 1970 aux États-Unis par Gaylord Nelson (1916 - 2005), alors sénateur démocrate du Wisconsin. Cette journée arrive, en pleine guerre du Viêt Nam, comme en apothéose de l’action des mouvements qui agitent la société américaine depuis le début des années 1960. L’année précédente, du 15 au 18 août 1969, s’était tenu le célèbre festival de Woodstock qui avait rassemblé une foule énorme de 500 000 jeunes. Cet évènement reste comme l’un des moments forts de diffusion de cette contre-culture américaine portée par les mouvements et communautés hippies qui, des États-Unis, parvint en Europe et en France et essaima ailleurs dans le reste du monde.

Ainsi, en cette fin des années 1960, s’est opérée une sorte de percolation croisée faisant naître une conjonction entre les aspirations pacifiques, libertaires et opposées à la société de consommation de la jeunesse américaine, et les alertes « environnementales » portées en ce temps-là par Rachel Carson qui rendait responsable dès 1962, l’industrie chimique des atteintes à la santé humaine et aux écosystèmes auxquelles s’ajoutaient des pollutions de l’air et de l’eau bien visibles.

C’est donc dans ce contexte et avec cet héritage que le président Georges Pompidou décide la création du ministère de la protection de la nature et de l’environnement.

Mais pourquoi créer un ministère ? Est-ce à dire que la cause énoncée dans son intitulé était antérieurement absente de l’action gouvernementale, qu’elle était orpheline de politiques publiques ? Les réponses à donner à ces questions ne sont pas binaires, et il a déjà été apporté un début de réponse en mentionnant que la croissance obtenue durant les « Trente Glorieuses » avait été facilitée par son découplage des préoccupations environnementales.

« L’An 01 » de la protection de la nature

S’agissant de ces préoccupations, paradoxalement, c’est au lendemain même de la Seconde Guerre mondiale que l’on en trouve les premières traces significatives. Dès 1946, fut institué par décret signé des ministres de l’Éducation nationale, de l’Intérieur et de l’Agriculture, un Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) chargé de « donner un avis [au Gouvernement] sur les mesures propres à assurer la protection et l’aménagement en parcs nationaux et en réserves des parties du territoire […] qui par leurs conditions de milieux, constituent des formations ou des stations d’un intérêt scientifique ou technique remarquable ».

C’est à la même époque que l’on trouve la France à la manœuvre pour encourager l’institution d’une Union Internationale pour la Protection de la Nature (UIPN), dont le but est « d’assurer la pérennité de la nature et de ses ressources pour le bien-être économique et social qui en découle pour l’humanité » et accueillir sa création à la conférence internationale de Fontainebleau en 1948.

Par la suite, ces préoccupations environnementales seront principalement portées par deux petits groupes de fonctionnaires qui, tout en assurant des perméabilités entre eux, agissaient l’un et l’autre au sein de deux administrations dans l’appareil d’État : le premier, chronologiquement parlant, à la direction générale des Eaux et Forêts du ministère de l’Agriculture et le second à la DATAR ; les deux principaux autres acteurs étant, l’un public, le Muséum National d’Histoire Naturelle et l’autre privé, la Société Nationale de Protection de la Nature (SNPN), fondée en 1854.

L’un des premiers soucis de ces précurseurs fut de sensibiliser l’opinion publique et les enseignants, de former des propagateurs de ces idées et de persuader les autorités d’agir.

A titre d’illustration, il faut citer l’instruction du 23 avril 1953 du directeur général des Eaux et Forêts, François Merveilleux du Vignaux(1902-1982). Il attirait spécialement l’attention des conservateurs des Eaux et Forêts sur l’intérêt d’une « propagande active en faveur de la protection de la nature » et insistait sur l’opportunité pour les ingénieurs chargés de cours dans les écoles normales « d’inclure dans leur programme d’enseignement une leçon spécialement consacrée à développer cette notion de base qu’est le respect dû aux choses de la nature ». Il récidivait le 11 juin de la même année en leur diffusant une leçon-type consacrée à « la protection de la nature, à sa nécessité et à ses avantages ».

L’une des raisons de ce choix tactique était que l’administration des Eaux et Forêts avait bien peu de moyens juridiques et financiers à sa disposition pour lancer et assurer des actions réelles de conservation sur le terrain en dehors des forêts domaniales ; et les richesses naturelles - on dirait aujourd’hui la biodiversité - du pays étaient mal connues.

En 1955, dans le but, justement, de sensibiliser le public, le Muséum National d’Histoire Naturelle organisa une exposition intitulée L’Homme et la nature qui remporta un très grand succès et resta plusieurs années en tête de classement pour le nombre de visiteurs qu’elle attira. Dans la foulée, le Muséum créa une chaire d’écologie générale et de la protection de la nature et, en 1962, toujours à l’initiative de son directeur, Roger Heim, mettra en place un service de conservation de la nature confié à Georges Tendron.

Quant à la SNPN, à la même époque, elle lança la publication trimestrielle Le Courrier de la Nature.

Sur le plan de l’enseignement supérieur, c’est bien plus tard, en 1969, que fut organisé un enseignement de 3ème cycle orienté vers les problèmes de protection de la nature au sein du laboratoire de zoologie de la faculté des sciences d’Orléans par le professeur Pierre Aguesse. Cette réalisation fut autorisée par la loi d ‘orientation de l’enseignement supérieur du 7 novembre 1968 qui permettait d’organiser des enseignements interdisciplinaires, indispensables, dans le cas d’espèce, à l’approche des problématiques environnementales.

La même année, le professeur Vincent Labeyrie (1924 - 2008) fondait le Centre d’études supérieures en aménagement (CESA) à Tours, le premier établissement d’enseignement supérieur destiné à un enseignement orienté vers l’aménagement du territoire.

Parallèlement à ces deux initiatives un groupe d’environ quatre-vingt-dix scientifiques, issus de plusieurs disciplines, parmi lesquels se trouvent François Bourlière et Vincent Labeyrie, créent cette même année 1969, la Société Française d’Écologie dans le but d’encourager et de développer des études écologistes et de favoriser la constitution d’équipes pluridisciplinaires.

Le ministère de l’Agriculture, de son côté, ouvrit en 1970, une section de Brevet de technicien supérieur « Protection de la nature » au lycée agricole de Neuvic d’Ussel en Corrèze dans le but de former des agents de terrain pouvant mettre leur capacité d’agir en cette matière auprès de divers établissements et organismes (parcs naturels, collectivités, agences, bureaux d’étude, associations, etc.).

Des ébauches de politiques et des réalisations : de la protection de la nature à la protection de l’environnement

Alors que de fortes pressions s’exerçaient sur les espaces et milieux naturels, la direction générale des Eaux et Forêts reçut du gouvernement la mission de trouver des solutions pour y faire face. Elle s’organisa en conséquence en confiant cette tâche en 1955, à un chargé de mission, Yves Bétolaud (1926-2003), puis à partir de 1957 en constituant une division de la Protection de la Nature avec deux autres ingénieurs, Bernard Fischesser et André Soubeiran, qui fut ensuite transformée en sous-direction de l’Espace Naturel en 1965 dans le cadre de la réforme du ministère de l’Agriculture conduite par Edgar Pisani (1918-2016).

Les outils juridiques spécifiques de protection des espaces naturels faisant défaut, il fut tout d’abord proposé d’étendre la possibilité de classement des monuments naturels et des sites, offerte par la loi du 2 mai 1930 aux sites revêtant un intérêt scientifique pour les ériger en réserves naturelles. Ceci fut fait en 1957 avec l’adjonction d’une disposition à la loi qui permit le classement d’une première réserve officielle en 1961, le lac Luitel dans l’Isère, suivie de la création de celles de Tignes-Champagny et Val d’Isère-Bonneval contigües au parc national de la Vanoise, en 1963, et de l’officialisation en 1968 de la réserve du Néouvielle dans les Hautes Pyrénées, créée en 1935 à l’initiative de la Société National de Protection de la Nature (SNPN) et du professeur Pierre Chouard (1903 -1983), mitoyenne du parc national des Pyrénées Occidentales. La SNPN encouragera quelques années plus tard les propriétaires privés à constituer leurs terrains en « réserves libres ».

Ces outils juridiques faisaient aussi défaut pour la préservation de la faune et de la flore en dehors de la réglementation de la chasse, des nuisibles et de la pêche. Dans un premier temps, en 1962, le ministre de l’Agriculture fit jouer son pouvoir réglementaire pour protéger, c’est-à-dire interdire la chasse sur l’ensemble du territoire de certaines espèces jusqu’alors classées nuisibles telles que les aigles, le balbuzard, le hibou grand-duc, etc. et faire réglementer par les préfets, le statut départemental des autres espèces pouvant être classées nuisibles. En 1964, pour aider ces derniers dans cette tâche, le ministre désigna des « conseillers biologistes » dans chaque département.

Pour contenir la poussée urbaine et son appétit dévorant pour les espaces boisés, le ministère de la Construction et celui de l’Agriculture firent adopter l’ordonnance du 31 décembre 1958 qui a ouvert la possibilité de classer certains espaces boisés urbains et périurbains en zone inconstructible dans les plans d’urbanisme, futurs plans d’occupation des sols (POS) qui seront institués par la loi d’orientation foncière de 1967.

Pour les grands espaces dotés de paysages et d’écosystèmes remarquables, il n’existait pas non plus d’outils juridiques. Les parcs nationaux avaient cette fonction à l’étranger, et, paradoxalement, dans les colonies françaises où de nombreux parcs et réserves avaient été créés par les gouverneurs de ces territoires. Mais il n’en existait pas en France métropolitaine malgré plusieurs tentatives au commencement du siècle. À la suite de demandes récurrentes exprimées par le Conseil National de Protection de la Nature, le Premier ministre, Michel Debré (1912-1996), demanda en décembre 1959 à la direction générale des Eaux et Forêts de préparer un texte permettant de créer des parcs nationaux. Ce fut fait très rapidement en relation étroite avec le Conseil National de la Protection de la Nature dont l’une des missions consistait, justement, à définir le statut des parcs nationaux et des réserves. La loi fut adoptée par le Parlement et promulguée l’année suivante par le Général de Gaulle, le 22 juillet 1960. Elle permit, pour la période considérée, la création des parcs nationaux de la Vanoise et de Port-Cros (1963), des Pyrénées occidentales (1967) et des Cévennes (1970).

Pour les citadins, de plus en plus nombreux à vouloir s’aérer et pour les touristes et vacanciers, les forêts publiques offraient un lieu de détente en rapport avec leur fonction sociale mais elles bénéficiaient jusqu’alors de bien peu d’aménagements spécifiques pour permettre leur accueil sans porter atteinte au cadre naturel, à la faune et à la flore, au calme des lieux et à la production forestière. La direction générale proposa en 1962 au ministre de l’Agriculture, Edgar Pisani (1918-2016), une véritable politique d’aménagement des forêts domaniales et des collectivités pour l’accueil des visiteurs et des promeneurs. Cette nouvelle politique eut des effets bénéfiques sur l’éducation du public et permit notamment, en raison de la demande sociale qu’elle engendra, de valoriser et de protéger les forêts et espaces verts périurbains.

Cette politique d’ouverture des espaces publics forestiers avait aussi un corollaire : l’acquisition par l’État et les collectivités de forêts remarquables menacées en région parisienne et près d’autres agglomérations telles que Lille et Marseille et sur le littoral.

Le smog de Londres

On le voit, s’agissant de la protection de la nature stricto sensu, les moyens d’intervention de l’État étaient limités au départ mais les gouvernements les renforcèrent tout au long de la période. En a-t-il été de même dans le champ de l’environnement industriel ?

En décembre 1952, à la faveur de conditions anticyclonique particulières, un brouillard acide intense et épais se répand sur Londres et s’y maintient durant plusieurs jours consécutifs, générant une surmortalité faisant plusieurs milliers de morts et de victimes. En cause : la pollution de l’air issue de la combustion du charbon des usines et du chauffage domestique.

En France, cette catastrophe poussera le gouvernement à installer une commission interministérielle pour l’étude de la pollution atmosphérique qui ne produira aucun résultat tangible. Face à cette situation de léthargie administrative, des militants engagés dans la lutte contre la pollution de l’air décidèrent de se mobiliser et fondèrent à cette fin en 1958, l’Association pour la Prévention de la Pollution Atmosphérique (APPA). Ces attentions portées à la lutte contre cette pollution conduiront en 1961, en dépit de l’action énergique de l’APPA, à une adaptation timide de la loi Morizet de 1932 qui avait été la première loi à intégrer la notion de « pollution atmosphérique ». En effet, en plein redémarrage industriel, les milieux politiques et patronaux craignaient que l’imposition de « contraintes » - on ne disait pas encore « environnementales » pour lutter contre les pollutions et nuisances des usines (raffineries, papeteries, aciéries, cimenteries, centrales thermiques…) ne viennent contrecarrer les efforts déployés à grands renforts d’investissements.

Le traumatisme engendré par la catastrophe qui survint le 4 janvier 1966 dans la raffinerie de Feyzin réveilla à nouveau les consciences, conduisant le gouvernement alors dirigé par Georges Pompidou à réformer le système de contrôle des usines et à constituer une inspection des établissements classés aux pouvoirs renforcés, confiée au corps des ingénieurs des mines et parallèlement, créer un service de protection contre les nuisances industrielles au ministère de l’Industrie, ce qui n’a encore constitué qu’une étape vers une intégration plus forte et plus volontariste des préoccupations environnementales dans la sphère industrielle.

Mais c’est dans le domaine de la gestion de l’eau et de la lutte contre sa pollution que ce même gouvernement innova le plus en faisant adopter la loi sur l’eau du 16 décembre 1964.

Afin de faire face à l’évolution de la démographie, au développement industriel et aux problèmes de pollution grandissants, la loi créa les conditions institutionnelles, financières et techniques d’une gestion globale et décentralisée de la ressource en eau. Elle instaura une logique de gestion par grands bassins hydrographiques (et non selon les limites administratives) ; la création, dans chaque bassin, d’un comité chargé d’élaborer la politique de gestion de l’eau, et d’une agence financière chargée de percevoir une redevance sur les usages de l’eau et d’en réinvestir le produit dans la préservation et la gestion de la ressource.

Après les réserves naturelles et les parcs nationaux, la recherche d’une troisième voie

Dans un pays comme la France où l’emprise humaine avait été et demeurait forte, il apparaissait évident que les parcs nationaux seraient peu nombreux en raison des exigences auxquelles ils devaient répondre. Toutefois, d’autres formules étaient pratiquées à l’étranger, notamment en Allemagne et en Grande-Bretagne, permettant de satisfaire les besoins en loisirs des habitants des grandes agglomérations, sans pour autant rechercher des buts scientifiques ou des sites exceptionnels.

A l’initiative d’Edgard Pisani, ministre de l’Agriculture, et d’Olivier Guichard, délégué à l’Aménagement du territoire, une mission fut envoyée en Allemagne fédérale en juillet 1964 pour étudier le système des Naturparks allemands. A son retour, elle rédigea un rapport préconisant d’adopter en France une formule voisine qui sera discutée lors des remarquables « journées de Lurs » en Provence organisées par la DATAR en 1966. Un décret permettant d’instituer des parcs naturels régionaux - la formule retenue - sera signé l’année suivante, le 1er mars 1967 par le Général de Gaulle. Quinze jours plus tôt, un groupe d’une vingtaine de futurs chargés de mission de parcs avait pris le départ pour 16 pays avec la mission de se former au contact des réalisations étrangères. À leur retour, ils seront envoyés dans les premiers projets de parcs (Landes de Gascogne, Morvan, Lorraine, Armorique, Vercors...) et trois ans après, les premiers parcs et ceux qui sont à l’étude créeront une fédération pour se rassembler et promouvoir leur identité.

En route vers une loi sur la protection de la nature ?

Comme il a été souligné au commencement de cet article, les connaissances sur les milieux naturels, la faune et la flore étaient fragmentaires et empiriques, ce qui amenait à porter au coup par coup des jugements sur les risques que les projets d’équipement pouvaient faire encourir aux richesses naturelles. L’équipe en charge de la protection de la nature ressentit le besoin de disposer de plus d’informations pour être plus efficace. Cette préoccupation était partagée par le Conseil National de la Protection de la Nature. Celui-ci demanda en 1968 à la sous -direction de l’Espace Naturel de rassembler les données disponibles. A cette fin, par une circulaire du 21 avril 1969, les ministres de l’Agriculture et des Affaires culturelles demandèrent aux préfets de conduire un « pré-inventaire des sites et richesses naturelles de la France » en faisant renseigner des fiches élaborées par le Muséum National d’Histoire Naturelle. Devant l’urgence, instruction leur était donnée de recenser en priorité et rapidement les sites les plus remarquables afin de pouvoir parer à leur destruction.

Au mois de septembre 1968, alors que la France venait de connaître les événements de Mai 68, elle accueillit à Paris, à l’UNESCO, la conférence sur la biosphère. Le rapport présenté par la délégation française annonçait, pour la première fois, qu’un texte de portée générale sur la protection de la nature était en préparation dans les services du ministère de l’Agriculture. Il s’agissait d’un premier projet de protection juridique du patrimoine naturel français. Élaboré par la sous-direction de l’Espace Naturel, le texte, un décret, prévoyait entre autres dispositions de donner la possibilité aux préfets d’établir par arrêté des listes d’espèces végétales et animales et des minéraux à protéger dans leur département. Ce texte fit l’objet d’un examen approfondi par le Conseil d’État, au terme duquel il conclut qu’il fallait en passer par la voie législative, mais aucune suite ne lui fut donnée à ce moment-là.

Dernier programme avant création

Après l’électrochoc qu’avait constitué « l’affaire de la Vanoise », l’attention portée par le président de la République et le gouvernement aux questions environnementales s’intensifia et les choses s’accélérèrent. A l’instigation de Serge Antoine (1927-2006), alors chargé de mission à la DATAR et de quelques autres fonctionnaires, dont Alain Bacquet, Philippe Saint-Marc et Yves Bétolaud, d’experts et militants, tels Christian Garnier, issus du Centre interdisciplinaire de socio-écologie, un laboratoire d’idées mis à contribution pour l’occasion, une réflexion fut engagée pour élaborer un programme global d’action sur l’environnement.

A la suite de cette initiative qui fut portée à la connaissance du Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas (1915-2000), celui-ci écrivit le 24 octobre 1969 à quatorze de ses ministres pour leur demander de lui proposer « un programme d’action propre à assurer une maîtrise plus grande de l’environnement, par les moyens, notamment, de la lutte contre les nuisances, de la réduction du bruit, de l’élimination des déchets, de la sauvegarde des sites et des paysages, de la protection des grands espaces naturels ». Il demandait au ministre délégué chargé du Plan et de l’Aménagement du territoire, André Bettencourt (1919 - 2007) d’impulser ce projet et d’en charger la DATAR. Celle-ci anima un groupe de travail interministériel pour finaliser le programme en relation avec Louis Armand (1905-1971), académicien, polytechnicien, ingénieur des mines et ancien directeur général de la SNCF de 1949 à 1959, un « remueur d’idées », à qui le Premier ministre avait parallèlement demandé de conduire une réflexion sur l’évolution à long terme des techniques et de la société.

Le discours de Chicago

La décennie 1970 commença par une année faste pour la protection de la nature. Ce fut tout d’abord le discours mémorable et visionnaire du président de la République, Georges Pompidou, à Chicago, le 28 février 1970, lors de son voyage aux États-Unis.

À bien des égards, cette allocution restera comme fondatrice de la nouvelle politique de la protection de la nature et de l’environnement qui allait être lancée en France sous son impulsion. Il y déclarait notamment : « L’emprise de l’Homme sur la nature est devenue telle qu’elle comporte le risque de destruction de la nature elle-même. Il est frappant de constater qu’au moment où s’accumulent et se diffusent de plus en plus les biens de consommation, ce sont les biens élémentaires les plus nécessaires à la vie, comme l’air et l’eau qui commencent à faire défaut. C’est en grande partie la conséquence d’un développement urbain qui a atteint des proportions alarmantes et préoccupe tous les responsables. […] La ville, symbole et centre de toute civilisation humaine, est-elle en train de se détruire elle-même et de sécréter une nouvelle barbarie ? […] La nature nous apparaît de moins en moins comme la puissance redoutable que l’Homme du début de ce siècle s’acharnait encore à maîtriser, mais comme un cadre précieux et fragile qu’il importe de protéger pour que la Terre demeure habitable à l’Homme. Il faut créer et répandre une sorte de morale de l’environnement imposant à l’État, aux collectivités, aux individus, le respect de quelques règles élémentaires, faute desquelles le monde deviendrait irrespirable ». Il précisait sa pensée ainsi : « il s’ensuit que le rôle des pouvoirs publics ne peut aller qu’en s’étendant car c’est à eux qu’il convient d’édicter les règles et de prononcer des interdictions. Mais l’application de ces règles ne peut être laissée à la seule discrétion des fonctionnaires et des techniciens. Dans un domaine dont dépend directement la vie quotidienne des Hommes, s’impose plus qu’ailleurs le contrôle des citoyens et leur participation effective à l’aménagement du cadre de vie de leur existence ».

Cent mesures pour l’environnement ... plus un ministère

Au retour du président, pour donner plus d’ampleur à l’action entreprise par leur ministère, plusieurs ministres renforcèrent et adaptèrent leurs services à la nouvelle donne. Ainsi, le ministre de l’Agriculture créa une direction générale de la Protection de la Nature (DGPN) le 4 mars 1970. Elle était notamment chargée « d’étudier, animer, coordonner, l’ensemble des actions tendant à la défense de la nature et à la préservation des équilibres biologiques, à l’aménagement du milieu naturel ». Le ministre de l’industrie créa de son côté une direction de la Technologie et de l’Environnement Industriel et une division des nuisances industrielles. Le ministère de l’Équipement se dota d’une mission permanente de l’environnement.

Le programme pour l’environnement qu’avait demandé le Premier ministre fut bouclé au mois de mai 1970 en comité interministériel. Il fut finalement adopté le 10 juin suivant en Conseil des ministres sous le titre de « Cent mesures pour l’environnement ». A cette occasion, le président Pompidou, déclara notamment : « Il ne s’agit que de la toute première étape d’une action qui demandera persévérance et obstination. L’action à mener ne peut qu’être interministérielle. Ce qui est en cause, ce sont les conditions mêmes et le cadre de vie des hommes ».

Concrètement, ces « cent mesures » s’articulaient autour de trois grands domaines d’actions :
-  le premier comportait une somme de dispositions à prendre, à caractère législatif ou réglementaire ;
-  le second listait tout un ensemble d’actions pour protéger, promouvoir ou servir d’exemple dans les champs d’intervention les plus divers (élimination des déchets et des carcasses de voitures, création d’espaces verts, lutte contre le bruit, création de réserves naturelles, lutte contre la pollution par les lessives, etc.) ;
-  le troisième s’intéressait à introduire une pédagogie de l’environnement dès l’école, de manière à former et à informer tous les citoyens appelés à prendre conscience de la gravité des problèmes environnementaux.

Les associations de protection de la nature qui attendaient le dépôt au Parlement d’une loi sur la protection de la nature depuis l’annonce qui en avait été faite à la conférence de l’UNESCO en 1968, pouvaient penser que leur attente allait prendre fin par la mesure 58 inscrite au programme, celle-ci mentionnant qu’un projet de loi allait être déposé avant la fin de l’année 1970 sur l’interdiction du prélèvement de certaines espèces rares et menacées.

Compte-tenu du nombre des services et organismes intéressés au plan national, comme au plan départemental, par ces mesures et de la nécessité d’intégrer les diverses actions dans une politique cohérente, le gouvernement institua par décret du 30 juillet 1970, un Haut-Comité pour l’Environnement chargé de suivre l’application des mesures de ce premier programme et de faciliter la concertation interministérielle : « il connaît des problèmes de l’amélioration du cadre de vie, de l’encombrement, des pollutions et nuisances de toutes sortes, de la maîtrise des paysages et, plus généralement, de tous les éléments positifs ou négatifs qui concourent à l’environnement de l’Homme ».

L’année 1970 avait bien commencé et elle avait été riche de signes politiques et de décisions favorables à la protection de la nature et de l’environnement mais elle se terminait sans que la loi annoncée à la conférence de l’UNESCO et attendue par les associations de protection de la nature n’ait été déposée devant le Parlement.

Et pour cause, le début de l’année 1971 allait créer une surprise mais d’une autre nature. Après l’annonce qui en avait été faite par le communiqué de l’Élysée du 7 janvier, un décret daté du 2 février fixait les attributions du tout nouveau ministre délégué auprès du Premier ministre, Robert Poujade, chargé de la protection de la nature et de l’environnement. Le rêve devenait enfin réalité pour tous ceux qui pensaient que la protection de la nature et de l’environnement ne serait efficace que le jour où elle serait prise en charge par un ministère de plein exercice, un « grand » ministère, comme l’écrivait Christian Jouanin dans le Courrier de la Nature de ce début d’année 1971.

La suite est une autre histoire …

Henri Jaffeux, président de l’Association pour l’Histoire de la Protection de la Nature et de l’Environnement (AHPNE)

(*) Emprunté au titre du livre de Pierre Alphandéry, Pierre Bitoun et Yves Dupont. La Découverte, Paris, 1989.

Bibliographie :
-  Robert Poujade, « Le ministère de l’impossible ». Calmann-Lévy, Paris, 1975
-  Florian Charvolin, « L’invention de l’environnement en France », La Découverte, Paris, 2003
-  Pour mémoire, « Les 40 ans du ministère de l’Environnement », Hors-série printemps 2013

Témoignage radio : France Culture, La Fabrique de l’Histoire. 28 mars 2011. Histoire de l’environnement. Interview de Robert Poujade par Emmanuel Laurentin


Par Henri Jaffeux
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